3 avril 2016

Une croix sculptée et incrustée, un travail collaboratif

Dimanche de la vénération de la Croix


Par Andrew Gould publié sur Orthodox Arts Journal.

J'ai récemment terminé un petit mais très intéressant projet, de deux ans de fabrication, et impliquant plusieurs maîtres artisans. Il s'agit d'une croix en bois avec des icônes en pierre sculptée, conçue comme un joyau, entièrement traditionnelle, et pourtant assez différent de tout ce qu'on a vu avant.

C'est l'un de ces projets qui grandi, peut-être providentiellement, à partir d'une commande initialement simple. Le client souhaitait que Jonathan Pageau sculpte une croix iconographique en pierre à accrocher sur un mur. Mais une croix en pierre est fragile, donc nous avons envisagé comment l'encadrer. Comme le cadre est devenu plus élaboré, je suggérais que la croix devait avoir une fonction liturgique plus importante. En fin de compte, nous avons décidé de lui faire deux bases – une qui lui permet d'être posée sur une table pour la vénération, et une autre, un grand manche, qui lui permet d'être utilisée comme une croix de procession. Elle est destinée à être une pièce d'accompagnement pour l’Évangéliaire que nous avons fait pour le même client.


J'ai commencé par la conception de toutes les parties, et ai envoyé les modèles à Jonathan. Il a sculpté les quatre icônes en stéatite, une belle pierre d'Afrique qui était utilisé pour sculpter des icônes dans l'antiquité byzantine. Il a également doré certains détails, ce qui augmente considérablement la beauté matérielle de la sculpture. J'ai fabriqué le cadre en bois, les bords en Palissandre d'Afrique et incrustant l'avant et les côtés avec des bandes de marqueterie. Enfin j'ai conçu la base tourné, le manche de procession, et les bougeoirs assortis, les ayant fait faire par un maître tourneur sur bois. Ces pièces sont faites à partir d'érable madré américain et de noyer de première qualité. J'ébènise le noyer avec une solution de sulfate de fer et termine toutes les boiseries avec de la gomme-laque et de la cire.

Ainsi, ce travail est une collaboration entre quatre artistes: moi-même, le concepteur et menuisier; Jonathan Pageau, le sculpteur; Lee Henson, le fabricant des bandes marquetés; et Ashley Harwood, maître tourneur.


Stylistiquement, ce projet puise dans plusieurs sources traditionnelles pour synthétiser ce qui pourrait être considéré comme un nouveau style. L'utilisation d'incrustations dans les boiseries orthodoxe est devenue répandue en Grèce au 17ème siècle. Il y a beaucoup de magnifiques portes et autres ameublements sur le Mt. Athos qui comprennent des bandes d'incrustation, et il y a l'exemple spectaculaire du trône abbatial au Phanar à Istanbul. Ce type d'incrustation était, en un sens, étrangère à l'Orthodoxie, mais elle est arrivé en Grèce via l'influence simultanée à la fois de l'Orient et de l'Occident. Aux 15e-16e siècles, l'ameublement marqueté a acquis un grand raffinement dans le monde islamique, et en même temps, les maîtres italiens ont commencé une manière de décorer les stalles du chœur et les armoires de sacristie avec un tour de force de marqueterie. Il n'est donc pas surprenant que les monastères grecs aient imité la beauté des marqueteries étrangères, et donc ont baptisé cet artisanat dans la tradition orthodoxe.

Stalles du choeur, église Santa Maria in Organo, Vérone, Italie, 16e siècle.
Porte marquetée, Stavronikita, Mt. Athos.
Trône abbatial, Patriarcat Œcuménique, Istanbul, 17e siècle.

Beaucoup plus tard, au 19e siècle, le travail de marqueterie est devenu populaire dans l’ébénisterie américaine, non pas tant dans le mobilier raffiné des centres urbains, mais dans la menuiserie populaire, souvent faite par les agriculteurs en hiver. Cette marqueterie américaine porte souvent une ressemblance frappante avec les œuvres athonites anciennes. Chaque fois que j'observe une connexion de ce type - une ressemblance accidentelle d'une tradition américaine à une Orthodoxe, je sais que c'est un lien qui mérite d'être développée. Après tout, mettre l'accent sur ces sympathies culturelles est la façon naturelle pour l'Orthodoxie de s'inculturer dans un nouveau pays. En tant qu'artiste, je reconnais aussi que ce processus est périodiquement nécessaire pour insuffler une nouvelle vie dans la tradition orthodoxe, pour la garder fraîche.

Cadre photo américain, 19e siècle.
Boite américaine marquetée, 19e siècle.
Buffet américain marqueté, 19e siècle.

J'espère que vous serez d'accord que cette croix sculptée et incrustée, faite avec des matériaux et des traditions des deux côtés du monde, constitue un mariage réussi et inspirant, et fourni un aperçu de la beauté stupéfiante que l'orthodoxie américaine pourrait offrir au monde.


Traduction Nicolas Petit pour Iconophile.

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